Exposition du 20 mars au 12 avril 2025 à la Galerie Durst
Vernissage le samedi 22 mars de 15h à 19h

La Galerie Durst est heureuse de vous présenter Caresser la couleur, une exposition personnelle d’Anne Mandorla qui nous plonge dans une exploration vibrante et sensorielle de la couleur. Après une période marquée par des compositions en noir, blanc et bleu outremer, l’artiste libère la palette et joue des contrastes, des textures et du geste. Nous nous sommes entretenues avec l’artiste, qui nous dévoile les coulisses de cette nouvelle exposition.
Anne Mandorla, comment décririez-vous l’esprit de cette nouvelle exposition ?
Caresser la couleur raconte une histoire d’amour entre une artiste et la couleur ! Je mets mes mains dans cette matière vivante, comme mon grand-père boulanger pétrissait sa pâte.
Comment est née l’idée de cette exposition et que signifie son titre ?

Peintures pour méditer précède Caresser la couleur. Cette première série explore une approche méditative à travers des peintures abstraites rigoureusement structurées autour du blanc (vide, silence), du noir (forme, mouvement) et du bleu outremer, un pigment intense équivalent au noir en valeur chromatique. Ce choix restreint, à la fois lisible comme valeur et comme couleur, confère une grande puissance à l’ensemble, travaillée sur plusieurs années.
Lors d’une discussion à l’atelier, la directrice de la Galerie Durst, Helena, m’a fait part de sa curiosité sur l’introduction de la couleur dans mon travail. Peintre et graveuse, j’ai toujours aimé et maîtrisé la couleur, grâce à ma formation à l’ENSBA de Nancy et à de nombreuses expositions qui ont affiné mon regard. J’ai même donné une conférence sur ce sujet. Relever ce défi m’a amusée ! Un petit diptyque (N°2343 et 2344) a marqué la transition vers cette nouvelle série.



L’idée du titre si poétique a mûri au cours d’une session de travail, lorsque la pensée vagabonde librement. Déposer la couleur sur le papier est une caresse : le pinceau doit respecter la fragilité du support, sous peine de le déchirer. Papier et toile se plient à la matière colorée et au geste de l’artiste. Enfin, j’ai réalisé que, tout au long de mon parcours, j’avais su caresser la couleur pour l’apprivoiser, l’aimer et m’en faire aimer. C’est un bonheur de savoir la caresser : le geste de la peintre rejoint la physique de la couleur. Ma peinture est tactile et sensuelle, et la couleur en est le vecteur.
Comment avez-vous abordé la couleur dans cette nouvelle série de peintures sur toile ?

Cet ensemble de nouvelles peintures sur toiles explore une palette tonique et vibrante, qui pousse les contrastes jusqu’à parfois la stridence : des verts côtoient des roses, des rouges, des orangés, jusqu’à la provocation. Un jaune de chrome réchauffe un oxyde violet. C’est la quantité de la surface colorée qui permet que le contraste soit regardable sans provoquer un rejet. Ou c’est un fond blanc qui aère. Ou c’est une composition qui structure. Je joue totalement des enseignements de Johannes Itten, peintre et théoricien de la couleur.
Ma palette évolue en fonction des thématiques explorées. Consentir au noir fait état de compositions dressées, avec une gamme de noirs et de valeurs sombres sur fond ivoire. Mes peintures Nomades réalisées en Afrique sont colorées avec les pigments trouvés sur place, des terres d’ocres, des noirs de suie, du blanc de kaolin.
Elle évolue aussi avec ma vision personnelle, ce que voient mes yeux. Je ne peins pas avec des émotions, mais avec mes yeux, mes mains et mon cerveau : c’est l’alchimie entre les trois qui crée l’accord parfait, ou pas ! Alors je détruis et recommence, de moins en moins grâce à l’expérience.
Y a-t-il un fil conducteur dans cette exposition ?
Oui, il s’agit du passage du noir et blanc à la couleur, du passage de la rigueur à la liberté, au lâcher-prise chromatique et gestuel. La composition se structure par la couleur et le mouvement, souvent ascendant. La thématique est constante, autour du végétal. Chaque œuvre se suffit à elle-même, mais certaines dialoguent par leur gamme colorée ou leurs motifs.



Avez-vous exploré une technique particulière pour cette nouvelle série ?
J’ai mis au point ma technique de peinture aux pigments et colles sur papier fin marouflé sur toile depuis longtemps. Elle est délicate à réaliser mais elle offre une surface douce au regard. Ici, pour certains tableaux composés de plusieurs lés, je complexifie cette technique en peignant sur divers supports fins, non seulement des papiers mais aussi diverses textures finement tissées comme la soie sauvage, le lin, le voile de coton… Selon la diversité des trames, chacune réagit différemment à mes préparations picturales et la juxtaposition requiert patience et habileté.



Quelles influences ont nourri votre travail pour cette exposition ?
Mon expérience de documentaliste des peintures au Musée d’Orsay m’a permis d’observer de près l’impressionnisme, le japonisme ou encore le nabisme. Le cerveau constitue une base de données inépuisable à qui sait regarder.
D’autre part, j’ai une sensibilité particulière pour les tissus brodés, imprimés par matrices en bois gravé ou teints manuellement. Issue d’une famille vosgienne de brodeuses en broderie blanche sur toile métis lin-coton, j’ai observé ces savoir-faire dès l’enfance. Mes voyages en Asie et en Afrique ont nourri ma quête de ces techniques spécifiques mêlant gravure, peinture, teinture et broderie.
Quelle émotion ou sensation souhaitez-vous transmettre à travers cette exposition ?
En peignant, je donne une pulsion de vie. Chaque spectateur qui regarde mes peintures avec sa propre histoire, apporte son propre ressenti, et c’est dans cette rencontre que l’œuvre prend tout son sens.

Y a-t-il une œuvre phare ou une pièce qui vous tient à coeur ?
J’ai une affection pour le N°2379, avec son all-over quasiment ton sur ton, son coloris doux et discret et sa composition follement débridée. Il est aérien et invite les pensées à s’envoler.
Vos œuvres sont-elles influencées par un lieu, une lumière ou un souvenir particulier ?
Je marche en forêt chaque jour, avec de nombreux arrêts pour observer de près ou de loin des éléments végétaux, ou effectuer des cadrages virtuels dans un paysage. Devant un lieu qui retient mon attention par une lumière ou une composition intéressante, j’imagine comment l’aborder en peinture. Je réalise des peintures mentales, non réelles. De retour à l’atelier, le cerveau restitue librement sa perception, pas nécessairement le même jour. L’expérience de la pratique sur un long terme permet cette transformation du réel en création.
Que diriez-vous à une personne découvrant votre travail ?
Entrez dans la couleur, laissez-vous caresser et caressez-la en retour ! Peindre ces toiles m’a procuré joie et énergie. Elles cheminent parmi les séries réalisées précédemment. Elles font partie de ce tout, que j’invite la·le spectatrice·teur à découvrir.
Quel a été le plus grand défi pour cette exposition ?
Faire valider le projet par la galerie et l’intégrer à son calendrier. Depuis les premières idées inspirantes, la précision de la thématique, la création dans la solitude de l’atelier à l’exposition, tout ce cheminement est passionnant. Mener de bout en bout une exposition solo en partenariat avec une équipe motivée et dans une atmosphère cordiale est très stimulant ! Je remercie Helena et ses collaboratrices pour leur confiance et leur professionnalisme.
Plongez dans l’univers d’Anne Mandorla avec un aperçu exclusif de sa nouvelle série de peintures, à découvrir dès maintenant à la Galerie Durst lors de l’exposition Caresser la couleur !


